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Hair Follies (La Perruque)
Leisure Projects (Susannah Wesley et Meredith Carruthers)
Du 5 janvier au 6 février

C’est avec plaisir que les deux partenaires du Leisure Project présentent Hair Follies (La Perruque), une exposition qui inaugure la saison 2009 à la galerie FOFA1 de l’Université Concordia. Parfois magnifiques et décoratifs, en d’autres temps abjects et grotesques, les cheveux sont des attributs personnels à la fois modestes et puissants. Dans une appropriation du mot « perruque »2 l’exposition Hair Follies (La Perruque) choisit la tête comme site d’une créative analyse de l’ornement personnel.

La Perruque a trouvé son départ dans un lot de perruques, profondément enfoui dans les remises du Musée d’art de Joliette. Les perruques avaient été créées par le coiffeur montréalais Bernard Perreault, propriétaire d’une boutique à Westmount dans les années 60 et 70. Elles avaient été présentées sous le titre Hautes Fantaisies dans divers galas de coiffure à travers le Canada, en Europe et, en 1983, au MAJ, en tant qu’une des composantes de l’exposition La Belle époque. Des étiquettes attachées au bas de chaque œuvre donnent une idées du monde que Perreault imaginait pour ceux qui devaient les porter – un monde qui réunit un ancien charme holywoodien, une avant-garde, le mythique et le quotidien avec des titres comme spartiate, galaxie et orchidée. Les perruques de Perreault transportent la recherche de beaux cheveux à un autre niveau; plus grandes que nature et très structurées, elles sont de petites architectures pour la tête. Personnelles, suggestives et étranges, elles représentent une rare extension de la fantaisie subjective.

Depuis toujours, le soin des cheveux a été pour les gens un moyen de démontrer publiquement leurs croyances et leurs aspirations personnelles.  En plus d’être un attrait séduisant chez ceux qui les portent et d’offrir une évasion fantaisiste à ceux qui les regardent, les cheveux ont aussi servi d’affichage individuel d’une affiliation culturelle et politique – ils ont transmis des messages voilés, dissimulé des secrets urgents et démoli des hiérarchies sociales.  Les belles aristocrates de la fin du XVIIIe ont porté de monumentales perruques décorées qui combinaient à la fois les décrets de la haute mode et l’un des rares moyens qu’elles possédaient pour exprimer publiquement leurs sympathies politiques. Ces coiffures élaborées symbolisaient souvent le sectarisme, les thèmes festifs et les événements personnels, en plus de devenir les symboles populaires d’une ridicule décadence aristocratique. Dans un contexte totalement différent, les femmes noires de l’Amérique du Nord ont entretenu une relation durable et compliquée avec leurs cheveux en tant qu’expression de soi, depuis les modèles de tressage en enveloppe d’épi de maïs qui camouflaient des messages dans la lutte pour la liberté transitant par le chemin de fer souterrain ( Underground Railway ), jusqu’à la culture polyvalente pour la création de « bons cheveux », et la plus récente affirmation politique de cheveux « au naturel ».

Les œuvres réunies dans l’exposition Hair Follies (La Perruque) nous engagent dans des récits de cheveux personnels, et souvent contradictoires. S’étendant depuis les élégantes transformations artificielles qui bousculent les conventions acceptées, puis du pouvoir politique des cheveux portés dans un étalage ostentatoire, jusqu’au dévoilement du monde obsédé et trompeur des cheveux, toutes les œuvres de l’exposition font de la chevelure un lieu d’expression et d’affirmation. 

Mathieu Gauvin présente d’intimes et étranges dessins de petits visages nanisés par leurs coiffures qui amènent le spectateur à se demander si les figures ont imaginé les styles de chevelures ou vice-versa. On devine que ces personnages existent peut-être en marge de la société et démontrent leur excentricité par le biais de leurs étranges coiffures laquées.

Maya Hayuk a réalisé des dessins de cheveux, complexes et totémiques, où les tresses, entrelacées dans une relation sensuelle, entrent et sortent en se tordant dans l’espace de l’autre à travers le temps et les générations. Ces œuvres évoquent l’intimité et la sensualité des cheveux.


 


Io Palmer, Artstars: Janitorial Supplies #1, 2007-08
mixed media


Fabienne Lasserre offre des dessins anthropomorphiques de masses de cheveux qui suggèrent des êtres mutants, fantaisistes, ou issus de la science-fiction, tout en s’interrogeant sur ce qui est ou n’est pas naturel ou possible. Ces dessins mettent en évidence la double qualité souvent conflictuelle des cheveux – beauté et misère, mort et vie – tout en reconnaissant leur potentiel métamorphique.

Dans le double miroir de la vidéo Hair-done Verdun de Leisure Project, une provision apparemment inépuisable d’épingles à cheveux passe des mains de la cliente d’un salon de coiffure aux mains de la coiffeuse pour disparaître dans des amoncellements de cheveux mis en plis pour un événement quelconque.

Dans la série Artstars:Janitorial Supplies de Io Palmer, des outils de nettoyage, incrustés d’épingles à cheveux et de pompons, sont transformés en monuments. Ces œuvres font directement référence au travail impliqué dans le dressage des cheveux en ornement, tout en faisant allusion à la hiérarchie sociale du travail domestique et de concierge. Palmer note : « Mon travail cible la relation symbiotique entre la société publique et l’identité privée … Il offre à la fois un lieu de réflexion et une critique ouverte qui cherchent à entraîner les participants vers de nouvelles formes d’espaces imaginaires (et réels) en jouant avec l’histoire, le genre, la race et l’expression.

Le photomontage Bouffant Topiary, de l’architecte paysagiste Ken Smith, greffe des modèles élaborés d’art topiaire français aux têtes de citadins, dans une sorte de commentaire badin sur les préoccupations générées par le style de vie de ces urbains « sans terre ». Selon Smith, « la conception d’une coiffure et celle d’un jardin ont des points de similarité. Tous deux sont biomorphiques et leur croissance est manipulée. Tous deux sont redevables au style, à la mode et à la simulation. »

Par le biais de Hair Follies (La Perruque), Leisure Projects étudie la capacité qu’ont des coiffures élaborées d’agir comme prolongement de l’identité personnelle – cette expression extérieure du soi qui occupe un espace physique et social.

1 Dans une sous-définition anglaise non confirmée, Wikipedia définit un « fofa » comme un style de coiffure, cheveux courts ou mi-longs sur les côtés et à l’arrière, portée par les gens au front dégarni par un début de calvitie. Se trouve habituellement chez des messieurs distingués et découle du style monacal. 

2 Dans son analyse théorique de la culture et du langage populaire L'Invention du Quotidien, Michel de Certeau examine le mot « perruque » en tant que transformation de l’économie. Chargé d’un double sens, le mot se rapporte d’une part aux perruques et aux effets obtenus par des cheveux décoratifs, mais aussi à une action transgressive contre l’ordre établi dans une pratique qui se veut une révolte socio-culturelle personnelle et discrète : « Travail effectué par quelqu’un pour son propre profit, notamment pendant les heures payées par l’employeur.» – Voir Le petit Larousse illustré. Perruque n.f. 2. Fam.

- Leisure Projects (Meredith Carruthers et Susannah Wesley)



Remerciements particuliers au Musée d'art de Joliette et Art Solution
http://www.artsolution.ca/
http://www.museejoliette.org/


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